La Côte d’Ivoire met en œuvre l’un des programmes de transformation des finances publiques les plus ambitieux du continent. De nouveaux systèmes intégrés de gestion, des cadres de budgétisation axée sur les résultats et des programmes de réforme numérique transforment en profondeur la manière dont l’État gère les ressources publiques.

La réussite de ce programme dépend de la qualité du leadership au sein des institutions publiques. La première cohorte du programme Leadership Excellence in Africa’s Public Sector (LEAPS) de l’ACBF avait précisément pour objectif de renforcer ces capacités.
L’expérience des participants ivoiriens illustre la manière dont les compétences en leadership sont développées et mises en pratique au sein des institutions publiques.
Le programme LEAPS est dispensé par l’intermédiaire de l’Académie Ubora de la Fondation. Il s’adresse aux hauts responsables et aux cadres émergents du secteur public africain et leur permet d’acquérir des compétences pratiques en leadership, des outils de gestion des réformes ainsi que de constituer des réseaux de pairs à l’échelle du continent.
Adico Innocent, directeur de la stratégie, des études et des statistiques fiscales à la Direction générale des impôts de Côte d’Ivoire, figurait parmi les hauts fonctionnaires sélectionnés. Il s’attendait initialement à suivre une formation classique en management, mais le programme lui a offert une expérience beaucoup plus large en matière de leadership.
C’est un programme très enrichissant qui m’a permis de voir les choses différemment.
Adico Innocent
Directeur de la stratégie, des études et des statistiques fiscales à la Direction générale des impôts de Côte d’Ivoire

Cette évolution de perspective témoigne de la manière dont les enseignements de LEAPS ont été mis en pratique au sein des institutions ivoiriennes chargées des finances publiques.
Dispensé par l’Académie Ubora de la Fondation, le programme a réuni de hauts fonctionnaires issus d’institutions jouant un rôle central dans l’architecture fiscale et budgétaire du pays.
Innocent et Alla Kouassi Martial, directeur de l’organisation et du suivi-évaluation au ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, ont mis en pratique les enseignements reçus au sein de leurs équipes et de leurs institutions.
Apprendre à diriger en commençant par soi-même

Les deux participants ont estimé que l’un des aspects les plus importants du programme avait consisté à travailler sur eux-mêmes plutôt que sur les systèmes. Le cursus de LEAPS s’articule autour de quatre dimensions du leadership : le leadership de soi, le leadership d’équipe, le leadership organisationnel et le leadership au niveau de l’écosystème.
Selon les participants ivoiriens, les deux premières dimensions sont celles qui ont produit les changements les plus immédiats dans leur travail quotidien.
Pour Innocent, l’un des principaux acquis pratiques a été d’apprendre à utiliser des outils structurés de hiérarchisation des priorités afin de mieux gérer des demandes concurrentes et de déléguer plus efficacement. Avant le programme, les contraintes liées à la direction d’une structure technique chargée de l’analyse fiscale le conduisaient à assumer lui-même un trop grand nombre de tâches.
Les effets de ce changement d’approche sont rapidement devenus perceptibles dans son travail quotidien.
Je gère mieux le stress aujourd’hui. Au niveau de l’équipe, tous les membres du personnel sont mieux intégrés car, auparavant, lorsqu’un collaborateur ne suivait pas le rythme, nous le laissions de côté. Désormais, nous veillons à ce que chacun comprenne son rôle au sein de l’organisation afin de pouvoir participer et donner le meilleur de lui-même.
Adico Innocent
Les effets ont dépassé son propre mode de fonctionnement et se sont étendus à la dynamique générale de son équipe. Les réunions au sein de sa direction sont devenues plus ouvertes, les collaborateurs étant davantage disposés à prendre la parole et à apporter leur contribution.
La hiérarchie a constaté que nous obtenons de meilleurs résultats
Adico Innocent
Martial a décrit une évolution comparable de son approche du leadership et de la manière dont il assume ses responsabilités institutionnelles.
Chargé de coordonner la mise en œuvre de la réforme des finances publiques entre plusieurs entités administratives, il avait longtemps eu tendance, dans un souci d’efficacité et de rapidité, à vouloir tout faire lui-même.
Le programme l’a amené à remettre directement en question ce réflexe et lui a fait découvrir une autre manière de gérer la complexité.
Avant, lorsqu’on veut aller vite, on se dit qu’il faut faire les choses soi-même. Or, ce n’est pas nécessairement l’approche la plus pertinente, surtout lorsqu’on doit gérer beaucoup de choses en même temps.
Alla Kouassi Martial

Cette prise de conscience s’est traduite par trois changements de comportement dans sa manière d’exercer son leadership. Il a adopté une pratique plus attentive de l’écoute, développé davantage d’empathie à l’égard de ses collègues et instauré une approche structurée de la délégation des tâches.
Grâce au programme et aux échanges avec nos coachs, j’ai appris à lâcher un peu prise et à déléguer certaines tâches afin que nous puissions être plus efficaces dans l’accomplissement de nos missions
Alla Kouassi Martial
La réforme mise en pratique
Les changements décrits par les deux participants ne se sont pas limités à leur développement personnel. Ils se manifestent également dans les processus institutionnels en cours.
Ils prennent aujourd’hui forme dans des initiatives de réforme concrètes qui exigent coordination, planification et engagement soutenu des responsables.
Martial pilote actuellement deux exercices majeurs dans lesquels il met à profit les compétences acquises dans le cadre de LEAPS.
Le premier concerne l’élaboration du nouveau plan stratégique de réforme des finances publiques de la Côte d’Ivoire pour la période 2026-2028. Le second porte sur le plan d’action stratégique du ministère pour la période 2026-2030.

Ces deux processus mobilisent les compétences que le programme visait précisément à renforcer dans les différentes dimensions du leadership. Il s’agit notamment de coordonner l’action de plusieurs directions, d’obtenir l’adhésion des parties prenantes, de faciliter une planification participative et de maintenir la dynamique dans le cadre de processus complexes s’étendant sur plusieurs années.
La mise en pratique de ces compétences a été facilitée par deux facteurs au sein de son environnement institutionnel. D’une part, les hauts responsables du ministère ont soutenu son action. D’autre part, la création relativement récente de sa direction lui a donné la latitude nécessaire pour instaurer dès le départ de nouvelles pratiques.
La confiance des hauts responsables, qui soutiennent les activités que je souhaite mener, ainsi que le caractère nouveau de certaines activités facilitent leur mise en œuvre, puisque c’est moi qui mets en place un certain nombre de processus .
Alla Kouassi Martial
Pour Innocent, la principale contrainte a été d’ordre structurel plutôt qu’individuel ou technique. Travaillant au sein d’une direction générale importante et bien établie, il a constaté que l’exercice du leadership au niveau de l’écosystème se heurtait à des frontières institutionnelles que les efforts d’une seule personne ne suffisaient pas à surmonter.
Loin d’y voir une limite du programme, il considère au contraire que cela plaide en faveur de son extension à une plus grande partie de l’administration publique.
Un appel à assurer la continuité
Les deux participants ont formulé des recommandations précises pour renforcer l’impact du programme à long terme. Innocent a préconisé l’organisation d’un plus grand nombre de rencontres en présentiel, en complément des échanges virtuels, afin d’approfondir les interactions et la collaboration.
Les échanges virtuels sont précieux, mais les liens sont encore plus fraternels lorsque les communautés se retrouvent en personne.
Alla Kouassi Martial
Martial a, pour sa part, proposé la création d’une plateforme des anciens participants qui permettrait aux membres des différentes cohortes de rester en contact dans la durée. Une telle plateforme favoriserait la poursuite des échanges d’idées entre les espaces francophone et anglophone au-delà du cycle formel du programme.
Les expériences relatées montrent que le développement du leadership peut contribuer à améliorer la performance du secteur public dans des domaines qui vont au-delà de la seule formation technique.
En Côte d’Ivoire, l’expérience de la première cohorte de LEAPS montre comment cette approche est mise en pratique au sein des institutions chargées des finances publiques.
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